La face cachée du front national

Berlin Translate

La face cachée du front national

Cette enquête tente de comprendre comment fonctionne de l’intérieur le «système Marine Le Pen». Comment a-t-elle fait de son parti une machine à conquérir le pouvoir ? Comment a-t-elle mis en ordre de marche ce mouvement d’extrême droite longtemps considéré comme infréquentable ? La dédiabolisation du parti cache-t-elle d’autres réalités ? Comment le FN est devenu en quelques années le premier parti de France chez les jeunes ? Comment travaillent les adhérents du Front national, qui poussent des milliers de jeunes Français vers les idées de l’extrême droite ?

La dediabolisation du FN:

Depuis que Marine Le Pen a été élue présidente du Front national, en janvier 2011, sa stratégie de conquête du pouvoir passe par la « dédiabolisation », visant à donner du FN l’image d’un parti « comme les autres ». Il s’agit notamment de montrer qu’il n’est ni raciste, ni xénophobe, ni surtout antisémite. Louis Aliot, vice-président du FN et député européen, le dit sans fard : « La dédiabolisation ne porte que sur l’antisémitisme. En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais, ce n’était pas l’immigration, ni l’islam… D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela… À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste (..). » (Entretien du 6 décembre 2013, in Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nos jours, Paris, Seuil, p. 420).

Marine le Pen, pour sa part, n’a jamais tenu de propos antisémites ou négationnistes, et elle a plus d’une fois condamné les propos antisémites de son père. Elle se présente même comme le meilleur rempart de la communauté juive contre « l’antisémitisme islamique », cherchant, non sans succès, à séduire une partie de cet électorat. Comme le souligne Jérôme Fourquet : « quel meilleur gage de “normalisation” qu’un score élevé (ou conforme à la moyenne nationale) du FN dans l’électorat de confession juive ? » . Et elle vise également l’électorat musulman, comme en témoigne la campagne de son parti en Île-de-France pour les régionales : des tracts sont distribués portant la mention « Musulman peut-être, mais Français d’abord », tandis qu’une affiche intitulée « Quelle banlieue voulez-vous ? » montre d’un côté, une jeune femme portant un bonnet phrygien et le drapeau tricolore peint sur ses joues, de l’autre la même jeune femme (en fait Kelly Betesh, candidate FN sur la liste de Wallerand de Saint-Just) portant un niqab.

Pour qui a connu l’ambiance qui prévalait en France après le 21 avril 2002 – ces dizaines de milliers de manifestants qui descendaient quotidiennement dans les rues de la capitale et des villes de province pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen et rejeter « la politique raciste et xénophobe » du Front national (FN) –, ce qui se passe en ce moment dans le pays est assez déconcertant. Jeudi 27 avril, environ 2 000 lycéens ont défilé aux cris de « ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron » pour signifier que le duel du second tour de la présidentielle ne leur convenait pas. Leur « ni ni » revient à mettre sur le même plan le candidat d’En marche ! et celle du Front national, ce qui n’est pas rien. Même si les protestataires n’étaient pas très nombreux, un symbole est tombé : les jeunes de gauche ne sont plus unanimement mobilisés par la lutte contre l’extrême droite. Quelques jours plus tôt, c’est Jean-Luc Mélenchon, sept millions de voix au compteur, qui avait créé la stupeur en refusant de donner une consigne de vote pour le second tour. Ses proches ont beau affirmer que « pas une voix ne doit aller au Front national », le silence du chef de file de La France insoumise déconcerte dans la mesure où il avait été l’un des premiers, en 2002, à appeler à voter Jacques Chirac pour « abaisser le plus bas possible » le score de Jean-Marie Le Pen.

Un mythe dangereux

Quoi qu’en dise sa présidente, le Front National n’a jamais cessé d’être raciste et xénophobe, à en juger par l’opinion de ses adhérents et sympathisants. C’est ce que montre le sondage annuel effectué pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme.

Un niveau record d’intolérance des sympathisants du FN

Le constat est sans appel. Sur toutes les questions relatives à la perception de l’Autre, « autre » par ses origines, sa couleur de peau, sa religion, sa culture, et quelle que soit la vague de sondage retenue, les réponses des sympathisants du FN sont toujours beaucoup plus négatives que celles des sympathisants des autres partis.

Plus d’islamophobes que d’antisémites

Un second trait caractéristique des sympathisants du FN est une polarisation anti-Islam exacerbée, bien plus marquée que leur antisémitisme. Plusieurs questions du baromètre CNCDH, posées à l’identique sur une période plus longue que celles de l’échelle précédente (dès 2002 pour certaines), permettent de cerner l’image des minorités culturelles et religieuses (juive, musulmane, maghrébine, asiatique, noire etc.) qui composent la société française. Elles portent sur la reconnaissance de leur citoyenneté (leurs membres sont-ils « des Français comme les autres » ?), leur degré d’intégration dans la société (forment-ils un « groupe à part » ?), l’image positive ou négative de leur religion, et la nécessité d’une sanction judiciaire accrue pour les insultes à leur égard. Quelle que soit l’orientation partisane, la minorité juive est de très loin la mieux acceptée en France, et la minorité musulmane la plus rejetée. Ainsi 87% des personnes interrogées, en moyenne, estiment que les Français juifs sont « des Français comme les autres » mais 72% pensent pareil pour les Français musulmans. L’idée que les Juifs forment « un groupe à part » est partagée par 31 % des personnes interrogées mais 53% quand il s’agit des Musulmans. La religion juive évoque quelque chose de négatif à 19% des personnes interrogées, mais la religion musulmane à 36%. Même la demande de sanctions judiciaires accrues est un peu plus forte pour des propos comme « sale Juif » que pour « sale Arabe » (respectivement 81 et 78%).

Un racisme assumé

Depuis la Seconde guerre mondiale et le traumatisme de la Shoah, la lutte contre le racisme, sous toutes ses formes, est devenue la norme dans les démocraties occidentales. Les préjugés sont reformulés de manière plus acceptable, sur la base d’arguments culturels, en appelant à des conflits de valeurs ou de civilisation plutôt qu’en termes de race. C’est un racisme qualifié de « soft », « subtil », « voilé », « symbolique », ou encore de « différentialiste », par opposition au racisme « inégalitaire » qui prévalait avant. L’euphémisation relative des discours et des programmes du FN, sa stratégie même de dédiabolisation » en sont un signe. Pourtant cette évolution n’apparaît pas chez les sympathisants du FN, leur racisme s’exprime crûment, à l’ancienne.

Visionner le film « La face cachée du Front national »

 

Interrogée par BFM TV, Céline Crespy, la co-réalisatrice de La face cachée du Front national, en a dit plus sur son film : « On s’est intéressés au Front national parce que ce parti est aujourd’hui aux portes du pouvoir, ce qui était totalement inconcevable il y a encore trois ans. Aujourd’hui, c’est un parti qui attire beaucoup, notamment des personnes qui n’étaient pas du tout dans la mouvance FN, qui avaient une sorte de rejet de ces idées. Face à ce constat, au départ, nous avons voulu savoir, à quelques semaines de la présidentielle, pourquoi les jeunes votaient Front national et si finalement il s’agissait d’un parti comme un autre ».

Elle a également dressé le portrait de ces jeunes militants, qui apparaissent d’abord bien sous tout rapport, mais qui cache généralement des personnalités moins lisses : « Quand on rencontre ces jeunes devant la caméra, ils se tiennent bien, ils ont des propos bien policés. Mais, en caméra cachée, on a pu voir le FN sans filtre. Car dans l’intimité, ils se lâchent, tiennent des propos racistes, ont des idées très ethniques. Beaucoup cautionnent la théorie ‘du grand remplacement’: ils ont peur que les populations immigrées fassent changer d’un point de vue ethnique notre société. Ils considèrent donc qu’il s’agit d’une menace pour la civilisation française. Parfois, ils tiennent des propos très nauséabonds, qui rappellent les heures sombres de notre histoire ».

 

En savoir plus:  http://www.laviedesidees.fr/Le-mythe-de-la-dediabolisation-du-FN.html

close
Agence de traduction traductions dans de nombreuses langues

Ne manquez pas nos astuces !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Florian Ravaux
Breton d’origine, Florian Ravaux a peur d’une seule chose : que le ciel lui tombe sur la tête. Né à Rennes en 1983, Florian a suivi des études de droit en Bretagne à l’université de Rennes 1 ainsi qu’en Allemagne au sein de la Humboldt Universität de Berlin. Au cours de ce cursus, il se spécialise dans le droit européen. Il a également obtenu un master en sciences-politique de l‘institut des hautes études européennes de Strasbourg en partenariat avec Sciences-po Strasbourg.

N'hésitez pas à répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

%d blogueurs aiment cette page :
Berlin Translate hat 4,91 von 5 Sternen 421 Bewertungen auf ProvenExpert.com